Tresta Star

03/02/2022
Océan Indien

Rappel des faits

Le 3 février 2022, le pétrolier-ravitailleur Tresta Star, battant pavillon mauricien et construit pour naviguer en zone portuaire, émet un message de détresse, alors qu’il est à mi-distance des îles de Maurice et de La Réunion. Utilisé pour le soutage des navires de commerce dans la zone portuaire de Port-Louis, le Tresta Star demande l’assistance immédiate d’un remorqueur, car il se trouve en difficulté en raison des conditions météorologiques et de problèmes de propulsion et est emporté par le cyclone Batsirai. Le Tresta Star se dit rapidement dans l’incapacité de maîtriser sa dérive vers les côtes de La Réunion alors que le remorquage se prépare et que l’hélitreuillage de l’équipage est impossible du fait des conditions climatiques. À la demande du CROSS SOI, des navires viennent porter assistance (le patrouilleur Osiris II, le Stardust et le vraquier Helena Oldendorff) sans pouvoir intervenir.

Dans la soirée du 3 février, à 20h16, le Tresta Star indique avoir mouillé son ancre tribord avant de talonner à proximité de la plage sablonneuse du Tremblet. À 20h55, le navire percute finalement le rivage de roches volcaniques à Saint-Philippe, au lieu-dit La Pointe du « Quai de sel ». La double coque est éventrée.

Le navire est échoué de toute sa longueur au pied des falaises de lave du Piton de la Fournaise. Son côté bâbord est exposé à la houle et sa coque présente plusieurs brèches, dont une de 3 mètres à l’arrière tribord. Cette brèche provoque l’inondation du compartiment machine et est responsable d’un déversement d’hydrocarbures en mer. Au moment de l’échouement, le Tresta Star naviguait à vide mais il contenait environ 8 m³ de Marine Diesel Oil (MDO), 6,31 m³ de Fuel Oil (FO) et 0,31 m³ de MDO dans les citernes à cargaison.

La nuit du 4 février, les 11 membres de l’équipage sont finalement évacués grâce à une tyrolienne mise en place entre le navire et la terre par les pompiers du Groupe de Reconnaissance et d'Intervention en Milieu Périlleux (GRIMP).

Dans les jours qui suivent son échouement, une foule de curieux se presse sur le littoral pour observer l’épave. Risquant de gêner les experts et les opérations de dépollution à venir, l’accès terrestre et maritime est interdit par arrêté, de même que le survol par drone.

Des pompes, des générateurs, des équipements divers, des big bags et des GRV sont déposés à bord par hélicoptère. Le remorqueur Vasileios P (OMI 9651307) appartenant à l’entreprise grecque Polygreen arrive sur place pour prendre en charge les matériels et déchets à évacuer.

Lutte antipollution

Le 10 février, les opérations de dépollution débutent. Le pompage du carburant est prévu ainsi que le nettoyage des citernes par jet à haute pression et l’évacuation des équipements et des débris divers. Une semaine après l’échouement, l’armateur se donne 6 mois pour "rapatrier" son navire. C’est toujours la saison des cyclones dans cette zone de l’océan Indien et ils s’enchaînent. Les opérations de dépollution prennent du retard et l’état du navire se dégrade. La brèche principale s’est élargie et des morceaux de coque côté bâbord ont été emportés.

Le 17 février, une nappe d'hydrocarbure de 50 m de large et 2,5 km de long venant du navire est observée et d’autres fuites redoutées. Polygreen abandonne le chantier de dépollution pour un "différend financier". La maîtrise d'ouvrage du chantier de dépollution repasse sous l'autorité du préfet de La Réunion, et de la Direction de la Mer Sud Océan Indien (DMSOI).

Le 18 février, les reconnaissances aériennes et maritimes confirment que la nappe d'hydrocarbure s'est disloquée.

Le 19 février, les moyens d’intervention depuis le littoral (plan Polmar Terre) sont d’ores et déjà prêts à être déployés alors que les opérations de lutte contre les pollutions en mer (plan Polmar Mer) seront engagées dès que les conditions météorologiques le permettront (cyclone). La dégradation de la situation a conduit le préfet à renouveler sa mise en demeure à l'armateur de prendre toutes les mesures pour stopper la pollution et réparer le préjudice environnemental causé par la pollution.

Mi-février, malgré 3 mises en demeures du préfet de La Réunion, les réponses des assureurs du navire se font attendre. L’État décide alors d’engager les premières actions nécessaires à la dépollution complète du navire. Il mandate à cette fin des entreprises locales. Parmi les actions engagées, l’évaluation environnementale du site a été priorisée.

Le 22 février, le BSAOM (Bâtiment de Soutien et d’Assistance Outre-Mer) Champlain interrompt sa mission en cours alors qu’il était déployé dans le nord-ouest de Madagascar pour rejoindre La Réunion afin de charger du matériel de lutte antipollution et être mobilisé sur l’échouement du Tresta Star. Il sera opérationnel sur la zone de l’échouement le 28 février.

Le 7 mars, une nouvelle nappe d'hydrocarbure qui s'étend sur plus d'un kilomètre est repérée sur bâbord au niveau de la cale n°3 du Tresta Star. Six entreprises locales sont chargées d’intervenir pour réduire ou éliminer le risque de pollution causé par l’épave. Elles procèdent à l’évacuation des éléments récupérables par hélicoptère et au pompage progressif des cales inondées. Le Champlain est également déployé sur zone pour traiter la nappe d’hydrocarbures par épandage de dispersants et récupérer les hydrocarbures à l’aide d’un chalut.

150 m3 d'eau de mer mélangés à des hydrocarbures et 50 m3 de déchets industriels sont extraits du Tresta Star. La coque commence à se disloquer sous l'action de la houle, et laisse échapper des hydrocarbures à plusieurs reprises.

À la date du 11 mars, 225 m3 d’eaux polluées et 11 tonnes de déchets ont pu être évacués.

Depuis le 12 mars, la société Five Ocean Salvage (FOS), mandaté par l'assureur du navire, prend le relais de l'État pour le pilotage des entreprises réunionnaises engagées sur le Tresta Star. Le pompage des cales à l’aide d’écrémeurs se poursuit afin d’éliminer toute trace de carburant. Parallèlement, certaines cales font déjà l’objet d’un nettoyage final au jet haute pression. 6,5 m³ de fuel mélangé à de l’eau sont ainsi extraits. À l’intérieur du navire, les opérations se concentrent désormais sur l’étage supérieur du compartiment machine ainsi que sur le gaillard avant et 80 big bags sont évacués du navire. Le rythme des évacuations ralentit, en raison de la diminution des volumes à retirer et de leur localisation dans des zones plus difficiles d’accès.

Le 23 mars, la dépollution est officiellement achevée. Le Préfet de La Réunion donne un mois à l'armateur et à son assureur pour présenter un plan détaillé d'enlèvement de l’épave du Tresta Star.

On estime à plus de 80 millions d'euros le coût des opérations de dépollution et de découpage du navire.

Traitement de l'épave

Entre le 11 et le 15 avril, des inspections sur site et par hélicoptère sont menées pour évaluer les possibilités de renflouement ou d'enlèvement de l'épave.

18 à 24 mois sont estimés pour traiter l'enlèvement de l’épave par voie marine, pour un montant de 12 à 17 millions d'euros dans le meilleur des cas. Par voie terrestre, la durée estimée des travaux est de 2 ans, avec un impact écologique certain. L’option de l’enlèvement par voie aérienne même si évaluée est aussi abandonnée. Ces options étudiées et face à l’impossibilité de les mettre en œuvre, le 7 décembre, la préfecture de La Réunion statue sur l'absence d'intervention à venir. L’épave est donc vouée à se dégrader naturellement.

En 2025 l’épave est toujours en place et continue de se dégrader.

Impact écologique

Le 17 mars 2022, le bureau d'étude MAREX remet un premier rapport d'investigation de l'impact écologique de l'échouement du Tresta Star. Sur les 30 stations sous-marines échantillonnées entre Saint-Philippe et Sainte-Rose, aucun impact direct n'a été constaté sur la faune et la flore.

Procédures juridiques

En mars 2022, le conseil régional et le parc national de La Réunion se joignent à la commune de Saint-Philippe pour porter plainte contre X pour cause de "déversement accidentel de polluants à la mer" et "d'abstention volontaire de combattre un sinistre", ce qui a donné lieu à l’ouverture d’une information judiciaire.

En mai 2024, la ville de Saint-Philippe s'est constituée partie civile dans l'affaire de l’échouement du Tresta Star, réclamant plus de 3 millions d’euros pour divers préjudices : frais de surveillance (266 000 €), atteinte à l’image du site (2 millions €) et préjudice environnemental (1 million €). Parallèlement, des négociations à l’amiable, menées par la DMSOI et la direction des affaires juridiques du ministère de la Transition Écologique, sont en cours avec l’assureur MS Amlin, L’État français réclame quant à lui 650 000 € pour les opérations de dépollution menées après l’accident. En l’absence d’accord, une action en justice pourrait être engagée.

Zone du naufragePointe du Tremblet, Ile de La Réunion
Zone du déversementPleine mer
Cause de l'accidentConditions météo
Quantité transportée~8 000 litres
Nature polluantGazole (Fuel n°2, Bunker A, Marine Gas Oil, Marine Diesel Oil, Light Fuel)
Quantité déversée150 m3 d'eau de mer mélangée à des hydrocarbures
Type de navire/structureRavitailleur
Date de construction2019
Longueur74 m
Largeur16 m
PavillonIle Maurice
PropriétaireTresta Trading

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