Port de Dalian
Le contexte de l’accident
Le 16 juillet 2010, deux oléoducs du terminal pétrolier Petrochina International Warehousing & Transportation situé dans le port de Xingang, à Dalian au nord-est de la Chine, explosent et provoquent l’incendie d’un bac de pétrole brut d’une capacité de 90 000 tonnes. L’accident entraîne le déversement d’au moins 1 500 tonnes de pétrole brut lourd dans les eaux portuaires et littorales entrainant la fermeture partielle du port.
Une enquête ministérielle ultérieure révèle qu’une erreur de procédure au cours des opérations de désulfuration du brut fraîchement dépoté d’un pétrolier libyen (Universal Diamond) serait à l’origine de l’explosion initiale
La lutte antipollution
Plus de 2 000 pompiers ont été déployés dès les premières heures qui ont suivi l’accident afin de lutter, contre l’incendie qui sera maîtrisé au bout de 15 heures d’efforts. Le pétrole brut n’ayant pas brûlé dans l’incendie s’est quant à lui déversée dans les eaux du port, formant des nappes dérivant vers le littoral. En l’espace de trois jours, ce sont quelques 180 km2 qui sont couverts par la pollution. Des irisations ont également été constatées sur une surface totale de 435 km2, n’affectant cependant que les eaux chinoises.
Le plan d’urgence local est rapidement déclenché par les autorités de Dalian. Sa coordination sera confiée au Centre de secours et de recherche de l’Autorité de sécurité maritime de la Province du Liaoning (MSA Liaoning) qui s’assurera de la sécurisation de la zone de l’accident ainsi que de la conduite des opérations de lutte. Finalement, l’ampleur de la situation contraint le Ministère des transports ainsi que la MSA China à activer le plan national d’urgence, cette dernière prenant désormais en charge la coordination des moyens humains et matériels provenant des provinces et régions limitrophes. La MSA Liaoning se voit attribuer le rôle de direction d’un centre de commandement incluant plusieurs groupes d’expertise sur des thématiques précises de lutte antipollution constitués de représentants d’institutions publiques. Des sociétés privées ont également été contractées par la cellule de réponse d’urgence de la compagnie pétrolière afin d’assurer des missions d’expertise et d’assistance aux opérations.
En mer, des surveillances aériennes et maritimes ont permis de surveiller l’extension de la pollution, appuyées par des images satellites (Radarsat-2) ainsi que des données issues de capteurs aéroportés (radars et caméras thermiques infrarouge). L’utilisation de bouées de marquage et de modèles numériques de dérive ont en outre permis de suivre et d’anticiper l’évolution des nappes afin d’optimiser le déploiement des moyens de lutte en mer lesquels comptaient une trentaine de navires provenant de la MSA, d’agences publiques d’assistance et de sauvetage en mer ainsi que du secteur pétrolier.
La réponse s’est principalement orientée sur :
- Le confinement et la récupération des nappes à proximité de l’écoulement (barrages flottants déployés dans la zone portuaire, protection de sites littoraux sensibles en termes touristique et aquacole, boudins absorbants, dispositifs de fortune, etc.) ;
- La récupération en mer le plus rapidement possible au moyen de matériels spécialisés (navires récupérateurs, écrémeurs employés depuis des navires de pêche) mais aussi de techniques manuelles (écopes, seaux, absorbants, utilisés à partir de petites embarcations avec un stockage en barils) ;
- Un recours complémentaire à la dispersion chimique (épandage par navires de mélanges effectués directement à bord grâce à des lances incendie).
À terre, des chantiers de nettoyage du littoral ont été mis en place. Ils consistaient principalement en du ramassage manuel par des volontaires mobilisés en grand nombre et encadrés par des personnels militaires.
Le gouvernement local décide de mettre fin aux opérations de lutte le 31 août 2010. Au total, d’après la MSA, celles-ci auront mobilisé :
- Environ 45 000 personnes ;
- 38 500 m de barrage flottant ;
- Plus de 27 000 m de boudins absorbants ;
- 430 000 nattes de pailles ;
- 175 tonnes d’absorbants ;
- Près de 7 000 fûts utilisés pour la collecte manuelle de la pollution flottante.
Ces opérations auront permis de récupérer 12 376 tonnes d’un mélange eau/pétrole brut et généré plus de 7 000 tonnes de déchets solides souillés. Selon la MSA, des agents de bioremédiation (23 tonnes d’un produit comprenant des bactéries favorisant la biodégradation des hydrocarbures) ont également été épandus.
Retour d’expérience
Les autorités ont mis en évidence quelques éléments marquants en termes de retour d’expérience, soient :
- Un confinement rapide de la majeure partie de la pollution à proximité de la fuite ;
- L’exploitation des images satellitaires, des modèles de dérive et des bouées de marquage pour le suivi des nappes ;
- L’importante implication des navires de pêches (8 150 opérations de récupération réalisées contre 1 012 opérations par les navires spécialisés, selon la MSA).
Impacts socioéconomiques et environnementaux
Le déversement pétrole a gravement affecté l'industrie de la pêche près de Dalian, en particulier les élevages de crustacés en mer, dont beaucoup ont été contaminés par le pétrole, les rendant impropres à la consommation ou en les tuants. La perte économique a été estimée à des dizaines de millions de dollars. L'agence de presse officielle Xinhua a déclaré que l'accident avait causé une perte économique directe de 223 millions de yuans (23 millions de livres sterling).
Des organisations non gouvernementales, telles que Greenpeace Chine, ont par ailleurs contesté le volume officiellement déversé, émettant l’hypothèse d’une pollution d’au moins 60 000 tonnes en regard des structures détruites.
Pour en savoir plus
Lettre Technique Mer et Littoral n°31 & 32, année 2010 – Cedre
Photos sur Greenpeace media : Dalian Oil Spill Accident
La présentation de 2011 de M. Guan et M. Han Oil Spill Response to “Xin-gang 7 16” Accident MSA, China