Présentation de différentes techniques.
Quand
les circonstances et les délais le permettent, certaines
mesures doivent être prises avant l'arrivée
de la pollution à la côte, en vue de faciliter
les opérations ultérieures de nettoyage du
littoral et d’en limiter l’impact.
Il s’agit de toutes les mesures qui vont permettre
de limiter :
- l'extension de la pollution, grâce à la mise
en place d'un dispositif de protection des chenaux et étiers
ou par la pose de filets capteurs dits 'serpillières'
sur les plages par exemple ;
- les volumes de déchets pollués récoltés,
par le ramassage des macro-déchets et des échouages
naturels divers (algues, posidonies, zostères) ou
du moins leur retrait au-delà de l'atteinte par la
mer ;
- les dégâts indirects de la pollution, c'est-à-dire
ceux induits sur le milieu par l'intervention elle-même,
en prenant les précautions requises pour protéger
les sols des dégradations et du transfert de pollution,
plus particulièrement au niveau :
- des accès et des voies de cheminement et de circulation
: choix, balisage, canalisation, protection,
- des sites de stockage et des installations de chantiers
en haut de plage et en arrière-plage : implantation
à l'écart d'un site d'intérêt
écologique ou patrimonial, choix de la localisation
en fonction de la sensibilité de la végétation,
protection contre les déversements ou fuites d'hydrocarbures ...
Protection des chenaux et des étiers
La fermeture des chenaux et étiers à l’aide
de barrages flottants est généralement illusoire
en raison des forts courants qui les balaient. Mais en cas
de pollution par du fioul lourd, certains dispositifs peuvent
être envisagés en travers de ces chenaux afin
d'empêcher ou au moins limiter la pollution amont,
comme cela a été le cas durant l'Erika et
en partie durant le Prestige.
Les moyens mis en place varient selon la taille des chenaux
; il s'agit notamment de :
- filets droits lestés pour les chenaux de petites
tailles ;
- barrières improvisées filtrantes pour les
chenaux plus importants, d'une efficacité assujettie
à une maintenance permanente et d'une durée
de vie limitée;
- barrages de terre et matériaux divers, plus efficaces
mais plus complexes et coûteux à mettre en
œuvre ;
- unités de filtration à hauteur des prises
d'eau pour l'alimentation des bassins salicoles ou aquacoles.
L'efficacité du dispositif de protection repose généralement
sur la succession de certains de ces systèmes édifiés
en différents points du chenal et à différentes
hauteurs de la colonne d’eau.
Filets droits ![]()
Un chenal de faible largeur peut être barré
par un filet droit flottant à maille fine (5 à
8 mm) disposé en oblique, en épi ou en chevron.
Ce dispositif de base consiste en un simple filet, muni
de flotteurs en partie haute, d’un lestage en partie
basse, amarré sur la berge.
Un système de soupape de décharge est aménagé
grâce à une chaîne fixée au bas
du filet : en cas de surpression liée au courant
ou au colmatage par des macrodéchets, la chaîne
se soulève, laissant ainsi passer l’eau sans
filtration mais évitant l’arrachement du dispositif.
Barrières filtrantes ![]()
Durant l’Erika, la protection de bassins salicoles
ou ostréicoles a donné lieu à la construction
improvisée de barrières filtrantes barrant
presque toute la colonne d’eau et consistant en un
double rideau grillagé (grillage à poules,
plastique, filets fins) monté sur une structure porteuse
constituée de pieux et madriers et de filins métalliques
raidisseurs, et renfermant des matériaux filtrants
(paille, coquilles d’huîtres ou pouzzolane).
Ces barrières retiennent les amas et particules de
fuel mais pas les hydrocarbures dissous. En raison des efforts
soumis par le courant, ces barrières ont une durée
de vie limitée et nécessitent un entretien
journalier.
Barrages en terre et matériaux divers ![]()
La fermeture d'un chenal peut aussi être envisagée
par obturation à l'aide d'un barrage de terre ou
de matériaux plus grossiers. Il faut savoir qu'une
obturation complète ne peut être envisagée
que pour une très courte durée (de l'ordre
de la semaine) sous peine d'entraîner des effets délétères
pour la faune et la flore situées en amont suite
à un changement brusque de leur environnement hydrique
(immersion permanente, adoucissement des eaux).
Pour pallier cet inconvénient, deux possibilités
: la destruction régulière du merlon (puis
sa reconstruction) ou le recours à un système
de buses à clapets. Ces dernières traversent
le merlon de terre et doivent être dimensionnées,
en nombre et en diamètre au débit du chenal.
Elles assurent en permanence le passage des eaux et donc
le maintien du cycle 'immersion-émersion' et de la
salinité de l'eau. De tels édifices ne sont
à envisager que sur des petits chenaux car ils s'avèrent
coûteux pour les étiers de grandes largeurs.
Dans un premier temps, ces matériaux d'obturation
peuvent d'ailleurs n'être que pré-positionnés
à proximité du point de fermeture, en attente
de l'arrivée certaine de la pollution (on veillera
alors à prévoir la disponibilité au
moment voulu d'un engin de type pelle mécanique).
En secteur de marais fortement exploité, le barrage
en terre busé est une technique qui requiert le recours
à une société spécialisée
disposant du savoir-faire et de l’équipement
nécessaire (pelle à marais par exemple).
Unités de filtration ![]()
Des systèmes sophistiqués peuvent être
conçus, dimensionnés et adaptés aux
caractéristiques de la prise d’eau (dimension,
débit) et de la qualité de filtration requise
en fonction de la sensibilité de l'exploitation (bassin
ostréicole, salicole, ou aquacole).
Le dispositif de base pour une prise d'eau individuelle
de 20 à 50 cm de diamètre est une cartouche
filtrante qui consiste en une enveloppe grillagée
(métallique ou plastique) permettant le dimensionnement
à la taille et à la forme de la prise d’eau.
Cette enveloppe est remplie de matériaux présentant
une qualité de filtration et d'absorption adaptées
aux risques (paille, coquilles d'huîtres concassées
ou absorbants polypropylène). Pour éviter
le colmatage de l'unité de filtration en aval (macrodéchets,
algues ...), il convient de disposer un filet en avant
de la prise d'eau.
Captage en eau à hauteur de la plage ![]()
Des
filets fixés en torche sur l’estran ou filets
de captage , dits aussi ‘filets
serpillière', s’avèrent efficaces pour
capturer les amas de fioul lourd dérivant à
marée haute.
Cette récupération à l’aide de
tels filets a été mise au point lors de l’accident
de l’Erika, en complément aux opérations
de surfwashing.
Il s’agit de filets à mailles fines : du filet
à civelles au départ, puis du filet de protection
d’échafaudage ou filet anti-grêle ou
encore à pommes de terre par la suite pour des raisons
de coûts). Les filets à civelles restent cependant
plus efficaces en raison de leur texture plus rigide qui
leur confère un port plus ouvert qui se maintien
dans la vague tandis que les autres filets tendent à
s’entortiller.
Ces filets sont simplement attachés sur l’estran
en une extrémité à un corps mort (pierres
ou, mieux, big bag empli de sable) ensouillé généralement
à l’aide d’une pelle mécanique.
Leur taille varie selon le type de filets et la configuration
du site : de 5 à une vingtaine de mètres de
long par 1,5 à 5 mètres de large. Ils sont
positionnés au-dessus du niveau de mi-marée
(à une hauteur variable selon la hauteur de la marée
du moment) en arrière et parfois aussi sur les bords
des sédiments déposés.
Ces types de filets sont très efficaces en cas de
polluant visqueux collant de type fioul lourd. En cas de
polluant léger, ils s’avèreront nettement
moins efficace (par manque d’adhérence et surtout
d’auto-adhérence), voire pas du tout sur les
sites relativement exposés.
L’expérience de l’Erika a montré
que ce dispositif est performant dans le cadre d’une
opération de courte durée (quelques marées)
en curatif (surfwashing) ou en préventif (sur un
site venant d’être nettoyé, en vue de
capter les éventuelles boulettes provenant d’autres
sites encore souillés). Pour un site donné
et une durée limitée, il est aisé de
localiser les filets en fonction des caractéristiques
marégraphiques du moment et d’en assurer la
maintenance nécessaire : renouvellement des filets
souillés, repositionnement en fonction de la marée,
vérification de la solidité des attaches ...
L’expérience du Prestige, par contre, a montré
que la technique ne convient pas en tant que dispositif
de protection sur une longue durée (du moins en mer
à marée) dès lors qu’il est envisagé
à une vaste échelle et d’autant que
la pollution est très parsemée : dans ces
conditions, l’effort de maintenance nécessaire
pour assurer l’efficacité du système
en permanence ne peut être assuré ou s’avère
disproportionné par rapport au volume de polluant
récolté. Les inconvénients l’emportent
alors : positionnement inadéquat la plupart du temps
à cause des variations de marée, enfouissement
des filets sous le sable, reprise du polluant par les vagues
par lessivage des filets souillés non renouvelés,
filets arrachés partis à la dérive
(d'où un risque potentiel pour la navigation), abandon
du dispositif, etc.
Cette technique, en mode préventif doit s’inscrire
dans un schéma de réponse à terre incluant
d'autres techniques notamment le ramassage mécanisé
et manuel. Il ne s’agit pas de ‘recouvrir’
les bas de plage de ces filets. La protection du littoral
ne peut pas reposer sur cette seule technique qui est à
utiliser en priorité sur les petites plages, criques,
combes peu accessibles aux engins et ou sur plages particulièrement
pourvues de débris coquilliers ou de galets (défavorables
au criblage). Sur les grands sites dunaires, ils ne doivent
être posés que dans les secteurs d’accumulation
(épi par exemple).
Dans une mer sans marée, le dispositif mérite
d’être évalué même en contexte
préventif, il peut être immergé à
quelques mètres du bord, pourvu de longueur de filets
moindres, mais il doit être repensé de façon
à permettre facilement son relevage et le renouvellement
du filet à partir de (ou sous) l’eau.
Ramassage des macro déchets et des échouages naturels
Le ramassage avant l'arrivée de la pollution des
macro-déchets et des échouages naturels qui
jonchent les plages est à envisager d’autant
que leur volume est important.
Le but de cette opération
est de limiter les volumes de matériaux souillés
à retirer ultérieurement et de faciliter les
opérations de ramassage grossier. Selon l'ampleur
des échouages, ce ramassage est réalisé
soit manuellement avec un soutien mécanisé
pour l'évacuation des déchets soit mécaniquement
à l'aide d'engins de travaux publics pourvus de pinces
(notamment pour les monstres de type tronc d'arbre, bille
de bois) ou de godet ajouré ou à l'aide d'engins
spécifiques de type cribleuse, râtisseuse ou
râteau goëmonier ...
Ce ramassage doit évidemment être aussi sélectif
et méthodique que possible de façon à
respecter des filières distinctes d'élimination
(plastique, verre, etc) ou de valorisation éventuelle
(recyclage du bois, épandage des algues dans les
champs en tant qu'apport fertilisant, etc). Les échouages
naturels peuvent parfois, si le site le permet, n'être
simplement que repoussés en très haut niveau
de la plage de façon à être mis momentanément
hors de l'atteinte par la pollution et être ultérieurement
redescendus sur l'estran.
Dispositifs de protection des sols et du couvert végétal
On cherchera systématiquement à prévenir
les effets néfastes liés à l'intervention
à savoir :
- les dégradations des sols et des biotopes sensibles
liées à une circulation intense et non contrôlée
des piétons et des engins ou imputables à
des aménagements inutiles et mal venus (aplanissement
d'un sol en milieu sensible de dune ou de pelouse aérohaline)
ou encore à l'implantation des installations de chantiers
(cabanes, moyens de lutte, réservoirs, etc) ou des
sites de stockage en des lieux d'intérêt écologique
(botanique, faunistique, géologique ou hydrologique).
- la contamination des sols par transfert de pollution à
partir de la plage via les équipements souillés
(bottes, roues, moyens de lutte) ou par débordement
ou fuites des moyens de transfert et de stockage du polluant
ériaux pollués.
Différentes
mesures et équipements permettent d'y parvenir, notamment :
- l'identification par des experts botanistes ou environnementalistes
des sites d'implantation des chantiers en regard de la sensibilité
écologique du moment : un chantier pourra ainsi être
déplacé de quelques mètres à
plusieurs dizaines de mètres pour ne pas détruire
une station d'espèces végétales protégées
ou rares, ou décalé dans le temps en période
de migration ou de nidification d'oiseaux par exemple ;
- le recours à des engins de type quads qui munis
de pneus à basse pression autorisent une circulation
motorisée moyennant toutefois quelques précautions
de conduite (vitesse réduite, giration lente, etc)
;
- le balisage, sur la plage, des aires à protéger
de la circulation : en pied de dunes, par exemple, pour
empêcher les cribleuses et autres engins lourds de
détruire la dune embryonnaire ;
- l'identification des accès adaptés et autorisés
pour les différents engins (moyennant parfois un
minimum d'aménagements de protection) ;
- l'élaboration d'un plan de circulation (avec guidage
et fléchage) dès lors qu'un chantier ouvert
en un site à capacité de circulation restreinte
est appelé à s'installer dans la durée
;
- la canalisation de la circulation, piétonne et
motorisée, avec la pose, sitôt que nécessaire,
d'une piste artificielle de roulement (simple géotextile,
piste spécifique ou plaques) ;
- le recours, dans des sites naturels sensibles dépourvus
d'accès terrestre ou par la mer, à un portage
des moyens de lutte à dos d'hommes ou par hélicoptère dans l'hypothèse d'une opération couplée
(plusieurs chantiers, opportunité de présence)
;
- la mise en place d'unités de décontamination pour les hommes et le matériel manuel mais aussi .