Ses phases, son organisation et le processus de décision.
L'intervention sur le littoral comporte plusieurs actions
:
- les mesures préalables prises avant l'arrivée
de la pollution afin de limiter l'extension de la pollution
en assurant notamment la protection de certains sites sensibles
(en plus de la pose de barrages flottants) et de réduire
les impacts notamment terrestres liés à l'intervention
elle-même;
- le nettoyage des sites à proprement parler ;
- la gestion des chantiers incluant les mesures de sécurité
des personnes, de sécurisation des chantiers, d’organisation
et de suivi des opérations, y compris la gestion
immédiate des déchets récupérés
(leur évacuation et leur stockage en haut de la plage
ou proximité immédiate).
L'intervention
sur le littoral consiste donc en une séquence d'opérations
étroitement liées qu'il s'agit de rendre compatibles.
L’ensemble de ces opérations définissent
la notion de chantier ; seule une parfaite organisation
de ces différentes opérations assure l’efficacité
du chantier.
Phases de nettoyage
En cas de forte pollution, le nettoyage commence par les
opérations de phase 1 ou ramassage grossier et se
poursuit par celles de phase 2 ou nettoyage fin.
Le ramassage
grossier (ou phase 1)
L’enjeu de cette première phase du nettoyage
est de retirer, en priorité et le plus rapidement
possible, les grosses accumulations de polluant et de matériaux
divers fortement souillés (sédiment, débris
flottants, algues, etc).
Le but recherché est double
:
- limiter l'extension de la pollution, en prévenant
autant que possible les risques de reprise, par la mer ou
par le vent, du polluant échoué et,
- limiter l'impact écologique, en réduisant
la durée de contact du polluant avec le milieu, mais
aussi évidemment en recourant aux techniques les
moins préjudiciables à l’environnement.
Le nettoyage
fin (ou phase 2)
Le nettoyage fin répond à la nécessité
de rendre aux sites leurs usages antérieurs et de
permettre au milieu affecté de retrouver à
terme un fonctionnement écologique normal. Le nettoyage
fin ne doit être entrepris qu’après le
ramassage grossier des accumulations de polluant, et une
fois que toute menace de nouveaux arrivages conséquents
est écartée. Il s’agit de mettre en
œuvre des techniques plus ou moins sophistiquées
pour retirer le polluant résiduel qui nuit soit à
l’usage économique ou de loisirs soit à
la fonction écologique ou paysagère des sites
affectés.
Choix des techniques
Chaque pollution est un cas particulier et il n'existe pas
de technique miracle ni universelle, par contre, il existe
des principes de base de nettoyage qu'il convient d'adapter
selon la situation et son évolution.
Il
existe une panoplie de techniques à la disposition
des intervenants pour réaliser chacune des deux phases.
Elles diffèrent selon :
- les caractéristiques de la pollution : son ampleur
(volume), son caractère diffus ou concentré
dans l'espace ou dans le temps, la nature du polluant (viscosité,
adhérence, persistance) et les types de dépôts
(nappes, boulettes, pétrole enfoui ...) ;
- les caractéristiques du site : son accessibilité,
son exposition, la nature de ses substrats, la présence
de débris.
Dans
certains cas, le nettoyage nécessite la mise en place
de chantiers techniques requérant des moyens et des
connaissances spécifiques ; il est préférable
sur les plans de l’efficacité, de la sécurité,
mais aussi éventuellement écologique, de recourir
à des sociétés spécialisées
de nettoyage.
Pour
des raisons de similitude en termes de sensibilité
environnementale, de modalités de piègeage
des polluants et de techniques de nettoyage à y mettre
en œuvre, il est d’usage de regrouper les différents
types de côtes en 3 catégories principales
correspondant en fait à la nature du substrat dominant
:
- les plages sédimentaires (de sables et de galets) ;
- les surfaces dures cohérentes (rochers, blocs,
et infrastructures portuaires ou de défense contre
l’érosion) ;
- les espaces intertidaux colonisés, ou en voie de
l’être, par une végétation de
plantes supérieures (vasières, marais et berges
d’estuaire).
Organisation de la réponse
Les responsables doivent avoir une vue générale
de la situation, en permanence, concernant l'évolution
du polluant (viscosité, vieillissement), de la pollution
(extension, relargage, nouveaux arrivages), des conditions
météo-océaniques et, évidemment,
des chantiers de nettoyage (moyens et logistique requis
et disponibles). Ceci leur permet de (re)définir
les priorités d'intervention et de veiller à
l'adéquation des techniques à mettre en œuvre
en fonction des moyens disponibles dans les délais
impartis.
La
qualité de la réponse dépend :
- de l'organisation mise en place et préalablement
planifiée;
- des moyens disponibles ;
- des personnes impliquées, aux différents
échelons, sur le plan décisionnel (autorités)
comme sur le terrain (expertise, encadrement, et exécution).
La réponse sera d'autant plus efficace que les bonnes
personnes avec le bon équipement seront au bon endroit
au bon moment. Tout ceci suppose de la formation, de l'expérience
mais aussi un sens de l'anticipation, de l'initiative et
de l'adaptation. Avec le même équipement, deux
équipes peuvent obtenir des résultats très
différents;
- des conditions de travail des équipes.
La
santé et la sécurité des équipes
d'intervention doit être prioritaire. Les risques
pour la santé relatifs à la toxicité
du polluant ou à une évolution en milieu périlleux
(en hauteur ou à proximité de l'eau) doivent
être évalués en permanence. La fourniture
d'équipements de protection individuels adaptés
aux conditions d'exposition à ces risques doit être
assurée.
Impact potentiel de l'intervention
L'intervention peut causer un préjudice environnemental
plus important que la présence du pétrole
elle-même. L'impact des techniques de nettoyage doit
donc être aussi faible que possible (et surtout inférieur
à celui du pétrole seul).
Dans
certains sites écologiquement sensibles, il est parfois
préférable de « ne rien faire »
et de laisser la nature faire le travail de nettoyage :
tel est le cas par exemple, pour une légère
pollution sur un marais. Il en est de même pour certains
sites exposés aux vagues qui ne seraient que très
faiblement souillés, notamment en période
hivernale.
Si,
en raison d'un mauvais choix ou d'une mauvaise expertise,
une opération de nettoyage est mal adaptée
aux caractéristiques de la pollution ou du site,
ou si elle est mal mise en œuvre, elle peut induire
des effets néfastes sur l’environnement. Il
importe donc que les chantiers soient définis par
des experts techniques et environnementaux.
En
outre, en vue de limiter le transfert de pollution au domaine
terrestre et d'y prévenir au maximum les dégradations
supplémentaires, il importe de prendre, en plus des
précautions de mise en œuvre propres à
certaines techniques, des dispositions particulières
sur les lieux d’installation des chantiers, les sites
stockage, les accès et les cheminements, en matière
de choix (absence de plantes rares ou protégées)
et de protection (étanchéité, canalisation,
site de décontamination ...).
Jusqu'où nettoyer ?
La qualité du nettoyage requise est principalement
fonction de la sensibilité écologique du site
et de son usage socio-économique (industrie, activités
de pêche, aquaculture, tourismes, loisirs, nature ...). Ces deux aspects, qui commandent aussi les priorités,
voire les nécessité de nettoyage, fluctuent
énormément au gré des saisons.
Dorénavant,
tout le monde s'entend sur la nécessité qu'il
y a, en cas de pollution, de s'interroger en premier lieu
sur l'opportunité d'intervenir, donc de bien évaluer
les avantages et les inconvénients de toute stratégie
et technique éventuellement disponible et de considérer
le nettoyage naturel comme une technique potentielle.
En
cas de pollution majeure à moyenne, il y a un minimun
à faire, qui est de retirer, chaque fois et partout
où cela est techniquement et écologiquement
possible et économiquement acceptable, le polluant
qui, flottant ou déposé, demeure par son caractère
mobilisable une source potentielle évidente de (re)contamination
et présente donc un risque pour l'environnement au
sens large. Moins ce risque sera jugé important (ou
au fur et à mesure qu'il diminuera) plus on devra
s'interroger sur l'intérêt d'intervenir (ou
de continuer l'intervention).
Il
ne s'agit pas de vouloir retirer toute trace de pétrole
mais d'avoir pour souci principal de fournir au milieu les
conditions les plus favorables pour recouvrer, à
terme, un fonctionnement normal tout en permettant le retour
des activités socio-économiques locales. Ceci
signifie qu'il pourra rester, en fin de nettoyage, du polluant,
mais en une teneur telle qu'il ne gênera plus le fonctionnement
ou le rétablissement du biotope, ni les usages socio-économiques
du site.
La
connaissance des techniques de lutte en termes d'efficacité
et d'impact écologique potentiel (physique, biologique)
à l'égard du milieu est primordiale.
Processus de décision
La réponse à un accident doit chercher à
concilier les impératifs écologiques et les
impératifs socio-économiques mais les intérêts
sont souvent divergents et sources de conflit. Les différents
acteurs doivent en conséquence accepter le fait que,
le plus souvent, la réponse optimale ne pourra pas
éviter tous les désavantages.
Faut-il
nettoyer? Faut-il arrêter? Sur ces points, les avis
ont évidemment tendance à diverger selon qu'il
s'agit du pollueur, de l'assureur, des victimes, de politiques,
de scientifiques, d'écologistes, de médias,
du public. En fait, il apparaît que la solution réside,
le plus souvent, dans la recherche d'un consensus entre
les différents intervenants pour s'entendre sur ce
qui, d'une part, est acceptable en termes de pollution d'un
point de vue écologique, économique et politique,
et ce qui, d'autre part, est réalisable en termes
de nettoyage sur le plan technique, financier et écologique.
D'où
la nécessité de mettre en place une organisation
permettant de prendre en considération l'ensemble
des avis et des inquiétudes des personnes et organisations
affectées par le déversement, notamment à
travers :
- la recherche de la meilleure technologie disponible en
s'inspirant de l'expérience et de la connaissance
technique et scientifique ;
- la mise en place de commissions de conseil, d'évaluation,
de contrôle : les unes, techniques, proposent des
recommandations techniques d'intervention, assurent le suivi
de la pollution et le contrôle de l'application des
décisions ; les autres, plus locales et politiques,
valident les décisions des premiers notamment quant
à l'atteinte des objectifs convenus ;
- des procédures de reconnaissance, de suivi et de
contrôle.
Pour des informations complémentaires sur ces différents
aspects, on se reportera avec intérêt au guide
opérationnel du Cedre "Le
décideur face à une pollution accidentelle
des eaux, 2001".
Quand les objectifs et les limites de l’intervention
ont été fixés, les techniques de nettoyage
définies et acceptées, et la sécurité
des intervenants garantie, alors les opérations de
nettoyage peuvent commencer.
Dernière mise à jour : 16/03/07