Accident
Tôt le matin du 5 octobre 2011 (heure de Paris), le porte-conteneurs libérien Rena, d’une capacité d'environ 3 500 EVP (47 230 TPL), s’échoue au nord de la Nouvelle-Zélande, à une vingtaine de kilomètres du littoral, au large du port de Tauranga (spécialisé dans l'export du bois) avec 1 368 conteneurs à son bord.
Il repose sur l’Astrolabe, un récif renommé pour sa flore et sa faune (nombreuses colonies de dauphins, baleines, phoques et manchots).
Pour combattre la pollution, l'intervention en mer et sur le littoral est placée sous l’autorité du Maritime New Zealand (Ministère des Transports).
Pour l'anecdote, le 28 octobre, dans la même région, un deuxième échouement, heureusement sans conséquences, se produit. Il s'agit du Schelde Trader, un porte-conteneurs qui vient de quitter le port de Tauranga et s'échoue à l'entrée de la passe. Aucune pollution n'est à déplorer.
Polluants potentiels
La menace de pollution provient à la fois du fioul de propulsion et de la cargaison des conteneurs.
Quelques 1 700 tonnes d'hydrocarbures (fioul lourd de propulsion et huiles moteur) sont présentes à bord du navire au moment de l'accident et risquent de se répandre dans la baie de Plenty, une des principales destinations touristiques du pays.
Par ailleurs, le porte-conteneurs Rena avait chargé à son bord 1 368 conteneurs dont 32 contenant des substances dangereuses et 121 des denrées périssables.
Selon le Maritime New Zealand (MNZ) 88 conteneurs sont passés par dessus bord (75 de 40 pieds et 13 de 20 pieds) au cours de la tempête qui a balayé la zone 5 jours après l'accident.

Conteneur échoué sur l'île de Motiti, baie de Plenty
© Maritime New Zealand
53 de ces 88 conteneurs sont identifiés : l'un d'entre eux contient des substances dangereuses (dont de l'alkyl d'acide sulfonique, ONU 2586) alors que
23 d'entre eux se sont échoués sur le littoral.
| Substances présentant un danger potentiel | |
|---|---|
| Nom | |
| Ferrosilicium | |
| Alkyl d'acide sulfonique | |
| Peroxyde d'hydrogène | 2014 2984 |
| Nitrate de potassium | |
| Acide trichloroisocyanurique | |
Opérations de lutte en mer
Le 6 octobre, les 1ères nappes d'hydrocarbures sont observées en mer. La cuve bâbord est percée et laisse échapper du polluant. La société Svitzer est contractée pour les opérations de traitement de l'épave.
Le Maritime New Zealand (MNZ) classe l'accident en "Tier 3", le plus haut niveau d'urgence en cas de pollution accidentelle des eaux.
Le centre de gestion de crise (Incident Coordination Centre - ICC) rassemble 200 personnes à Tauranga.
De l'aide nationale et internationale afflue, des experts provenant du Royaume-Uni, de l'Australie et de Singapour arrivent sur place à partir du 8 octobre pour apporter leurs conseils techniques.
Des militaires et des moyens nautiques du New Zealand Defence Force sont sur place le 9 octobre 2011 afin de soutenir les équipes du Maritime New Zealand.
Les opérations de récupération du polluant en mer commencent le 9 octobre mais sans efficacité probante. Le polluant (IFO 350) est rapidement très visqueux, à cause des conditions de température sur place.
Le 10 octobre, le premier Ministre néo-zélandais survole la zone de l’accident et déclare ne pas connaître l’origine de cet échouement, sachant que les conditions météorologiques lors de l'accident étaient calmes. C'est également ce jour-là que le Rena se met à gîter sur tribord (22°) à cause du mauvais temps.
Le commandant du Rena est arrêté le 12, son second le jour suivant, ils sont inculpés pour « avoir manœuvré un navire en provoquant un danger inutile ou un risque ».

Le Rena échoué au large des côtes - © Cedre
Le lendemain de l'accident des opérations d'épandage de dispersants commencent pour traiter une nappe d’hydrocarbure de 5 km de long, autour du navire. Il s'avère que l'efficacité des dispersants est nulle sur ce polluant. Parallèlement, les stocks de barrages et autres matériels de lutte arrivent sur zone pour être déployés, en vue de protéger les sites sensibles.
Pompage des hydrocarbures et récupération des conteneurs
A bord du navire les équipes chargées du pompage des hydrocarbures présents à bord, sont obligées d'injecter de l'eau et d'utiliser des pompes-relais pour récupérer le fioul visqueux. Celui-ci est ensuite transféré vers une barge située à environ 100 mètres du Rena.
Le 13 novembre 2011, les opérations de pompage des hydrocarbures s'achèvent avec un total de 319 tonnes pompées. Seules restent à bord les 60 tonnes de la citerne 5 tribord qui seront pompées durant la phase d'enlèvement des conteneurs.

Grutage du 1er conteneur - © Maritime New Zealand
La 2ème phase d'intervention démarre le 16 novembre avec l'évacuation du premier conteneur en pontée arrière du navire à l'aide de la barge-grue Sea Tow 60. Cette opération s'avère très délicate. Les experts estiment qu'il sera possible de récupérer 6 conteneurs par jour. S'il reste encore 1 280 conteneurs à transborder cela signifie que l'opération devrait prendre plus de 7 mois.
A noter que les conteneurs ont été équipés d'émetteurs acoustiques (pingers) dans le but de les repérer facilement en cas de chute en mer.
Gestion de l'épave
En parallèle, un plan de sauvetage du Rena est préparé par les architectes navals hollandais de Svitzer en s'appuyant sur des calculs de résistance du navire.
Des capteurs sont installés sur le navire pour vérifier sa stabilité et mesurer les efforts sur la coque.
Le 10 octobre, une tempête rend les opérations de lutte très difficiles. Suite à cette dernière, une importante fissure se forme sur le flanc bâbord du navire. Le risque est réel, la coque peut se casser en deux.
Le navire s'incline fortement (gîte de 22° sur tribord), l'équipage est évacué.
Plusieurs semaines plus tard, faisant suite aux mauvaises conditions météo sur zone, le Rena se fissure et se « casse » partiellement en deux le 1er janvier 2012. Dans un premier temps, les deux parties semblent toujours solidarisées par le fonds. Rapidement des capteurs sont installés pour vérifier sa stabilité structurelle. La situation de l’épave reste stable une semaine pendant laquelle les opérations de déchargement des conteneurs se poursuivent.
Finalement, le Rena se brise totalement en deux le 8 janvier. L’avant du navire reste sur place alors que l’arrière se déplace de 30 mètres et finie par couler.
300 conteneurs sur les 800 restant à bord à cette date sont tombés à la mer. Ils contenaient, entre autre, du lait en poudre et du bois de construction.
Un périmètre de sécurité est de 3 milles nautiques est en place autour de l’épave du fait du risque important de collision du a la présence de conteneurs et débris divers en mer.
Le risque de pollution par hydrocarbures reste présent (environ 350 tonnes de fioul seraient encore présentes dans les soutes du Rena), une nouvelle campagne de surveillance aérienne de l’épave est mise en place.
Dans le même temps, les conteneurs et débris commencent à s’échouer sur les plages de la baie du Plenty. Des opérations de ramassage/nettoyage sont en cours.
Opérations de lutte à terre
A partir du 7 octobre, des équipes de nettoyage et de sauvetage de la faune effectuent des missions de reconnaissance du littoral afin de définir les sites à protéger, ceux à traiter en priorité en cas d'arrivage de polluant et les techniques utilisables.
Des barrages sont déployés pour protéger les zones sensibles du littoral.
Suite à la tempête du 10 octobre, les premières boulettes de pétrole arrivent sur la plage de Maunganui. Les équipes de nettoyage interviennent immédiatement. L'accès aux plages de Mt Maunganui à Maketu Point est interdit.
Le 14, un linéaire de 60 km de côtes est pollué.
Le Ministre de l’Environnement Nick Smith déclare qu’il s’agit « de la pire catastrophe écologique maritime du pays ».
En ce mois d'octobre 2011, cette situation est d’autant plus préjudiciable que les caméras du monde entier sont braquées sur la Nouvelle-Zélande où se déroule la coupe du monde de rugby.
Nom : Rena
Date : 05/10/11
Lieu : Nouvelle-Zélande
Zone de l'accident : Ile du Nord de la Nouvelle-Zélande, baie de Plenty
Cause de l'accident : échouement
Quantité transportée : Cargaison : 1 368 conteneurs (marchandises et HNS divers dont du ferrosilicium et de l'alkyl d'acide sulfonique). Propulsion : 1 700 t de fioul lourd (IFO 350)
Nature du polluant : fioul lourd (IFO 350) et conteneurs
Type de navire : porte-conteneurs
Date de construction : 1990 (ex-Andaman Sea)
Longueur : 290 m
Largeur : 32 m
Tirant d'eau : 12 m
Pavillon : libérien
Propriétaire : Costamare Shipping (Grèce)
Affréteur : MSC (Mediterranean Shipping Company)
P&I club : Swedish Club
Le littoral de la région de Tauranga - Photos © Cedre
| Bilan au 10/01/2012 | |
|---|---|
| Tonnes de fiouls pompées | |
| Nombre de conteneurs définitivements perdus en mer | |
| Nombres de conteneurs récupérés par Svitzer | |
| Tonnes de déchets collectés sur les plages | |
| Nombre de volontaires enregistrés | |
| Nombre d'oiseaux morts récupérés | |
Impact
La baie de Plenty est l’un des sites touristiques les plus prisés de la Nouvelle-Zélande. C'est également une zone très fréquentée par les dauphins, baleines, phoques, manchots (notamment des blue pingouins) et divers oiseaux marins...
Les animaux souillés sont recueillis dans un centre national de sauvegarde de la faune sauvage où plus de 400 animaux sont soignés. On comptabilise, le 22 novembre, environ 2 000 oiseaux morts.
Des études scientifiques sur l’impact de la pollution du Rena et en particulier sur l’impact des dispersants sur la faune sont en cours.
L'indemnisation
MSC, l'affréteur du Rena, a annoncé qu'il allait effectuer une "donation volontaire" d'un million de dollars néo-zélandais (environ 570 000 euros) tandis que le swedish P&I Club qui assure Costamare a indiqué son intention de prendre en charge tous les frais liés à l'accident, y compris ceux liés aux conséquences de la pollution.
Coopération internationale - action du Cedre
Un ingénieur du Cedre s'est rendu en Nouvelle Zélande du 22 au 30 octobre, sur invitation du Maritime New Zealand, pour une mission d'observation et de conseil sur la gestion de l'accident.
A cette occasion, l'ingénieur sur place a pu participer à des missions de reconnaissances (SCAT), visiter des sites de traitement de déchets et une unité de soins de la faune sauvage.

Collecte des déchets © Cedre

Centre de soin de la faune sauvage © Cedre
Manchots relâchés après avoir été nettoyés
© Maritime New Zealand
Accidents similaires suite à un échouement
Gülser Ana
Date : 26/08/2009
Lieu : Madagascar
Type de navire : minéralier
Napoli
Date : 18/01/2007
Lieu : Manche Ouest
Type de navire : porte-conteneurs
Rokia Delmas
Date : 24/10/2006
Lieu : France
Type de navire : porte-conteneurs
Normandie
Date : 27/03/2001
Lieu : Singapour
Type de navire : porte-conteneurs
Bunga Teratai Satu
Date : 02/11/2000
Lieu : Australie
Type de navire : porte-conteneurs
Exxon Valdez
Date : 24/03/1989
Lieu : USA
Type de navire : pétrolier
Kini Kersten
Date : 01/01/1987
Lieu : France
Type de navire : porte-conteneurs
Ariadne
Date : 24/08/1985
Lieu : Somalie
Type de navire : porte-conteneurs
Voir aussi
Liens
Dernière mise à jour : 10/01/2012