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Les pollutions accidentelles
par produits chimiques

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Contexte

L’aspect très médiatique des marées noires occulte complètement, dans l’esprit des citoyens, l’existence de pollutions marines par produits chimiques. Bien que la plupart du temps ce type de pollution soit invisible, cela représente néanmoins un risque important de pollution qui devient chaque jour de plus en plus présent. Aujourd’hui, on estime à 37 millions le nombre de substances chimiques utilisées par l’homme et 2 000 sont régulièrement transportés par mer. Ce mode de transport est actuellement en pleine expansion : en 20 ans les échanges ont été multipliés par 3,5. Les prévisions annoncent 215 millions de tonnes de produits chimiques transitant par mer chaque année d’ici 2015.


Evolution du nombre d'accidents

D’une manière générale, même si le trafic maritime s’intensifie, le nombre d’accidents impliquant des substances dangereuses ou potentiellement dangereuses (ou SNPD) est plutôt en baisse. Ainsi, une étude statistique, menée par le REMPEC (Centre régional méditerranéen pour l’intervention d’urgence contre la pollution marine accidentelle) sur 106 accidents survenus en Méditerranée, montre qu’entre 1994 et 2007 le nombre de cas est passé de 18 à 2 par an. Ceci peut s’expliquer en partie par l’âge moyen des navires qui a considérablement diminué ces dernières années. En effet, dans la même étude précédemment citée, 60 % des bateaux ayant été impliqués dans des accidents avaient plus de 16 ans alors que la moyenne mondiale en 2007 était de 11,8 ans.


Evolution du nombre d'accidents survenus entre 1998 et 2007 en Méditerrannée et ayant impliqué des susbstances dangereuses

Evolution du nombre d'accidents survenus entre 1998 et 2007
en Méditerranée et ayant impliqué des ssubstances dangereuses
(Source : REMPEC)



Caractéristiques des accidents et
produits impliqués


D’après les chiffres publiés par l’EMSA (Agence européenne de sécurité maritime) concernant une centaine d’accidents survenus dans les eaux européennes entre 1987 et 2006, les causes les plus fréquentes sont les incendies et explosions (24 %) puis les chavirages qui sont souvent dus à des conditions météorologiques difficiles (22 %).

Dans la moitié des cas, l’accident ne donne pas lieu à un déversement de la cargaison. De plus, à la problématique des produits chimiques vient s’ajouter celle des carburants de propulsion des navires. Dans ce cas, la lutte a lieu sur deux fronts car les stratégies de réponse sont étroitement liées au comportement du ou des produits impliqués.

Une synthèse réalisée en 2010 par le Cedre sur 218 évènements bien documentés et ayant eu lieu dans le monde depuis le début du XXème siècle, indique que les substances les plus déversées en quantité sont : le minerai de fer (590 500 t), le charbon (107 200 t), les phosphates (56 894 t), l’acide sulfurique (50 549 t), la soude caustique (43 910 t), le naphta, (40 941 t), les engrais (26 695 t) et le méthanol (25 000 t).

En ce qui concerne les substances conteneurisées, leur énumération serait longue et fastidieuse. De plus, personne ne dispose réellement de données mondiales sur ce sujet.


Des accidents pouvant être meurtriers

Les accidents impliquant des produits chimiques peuvent être extrêmement meurtriers en raison des risques importants d’explosion et d’incendie que comporte le transport de ce genre de cargaison. Parmi ceux qui resteront dans les mémoires en raison de leur caractère tragique on peut citer :

  • En 1917, le cargo Mont Blanc, chargé d’explosifs, qui explose dans le port d’Halifax (Canada). 3 000 morts et disparus ainsi que 8 000 blessés sont à déplorer.

  • En 1947, le cargo Grandcamp qui explose violemment dans le port de Texas City (Etats-Unis) avec sa cargaison de nitrate d’ammonium. Le sinistre cause la mort de 600 personnes et plus de 3 000 blessés.

  • En 1974, le navire gazier Yuyo Maru N°10 qui entre en collision avec le Pacific Alice dans la baie de Tokyo (Japon). Le choc provoque une brèche dans sa coque et met feu à sa cargaison de naphta. L’incendie et les explosions qui s’en suivent sont terribles ; 5 membres d’équipage du Yuyo Maru N°10 sont tués et à bord du Pacific Alice c’est l’hécatombe : tous les marins sauf un sont morts.


Denrées alimentaires


L'échouement du vraquier Fenes au sud de la Corse en 1996 a provoqué le déversement sur le fond de sa cargaison de blé. L'abordage de l'Allegra en Manche a causé le déversement de près de 900 tonnes d'huile de palmiste en 1997.

Des pollutions impressionnantes
mais transitoires


En pleine mer, l’effet de dilution joue énormément ce qui minimise l’impact des substances chimiques sur l’environnement marin. Les accidents se produisant dans des zones relativement confinées comme les zones portuaires, les baies ou les estuaires se révèlent plus polluants s’ils ne sont pas maîtrisés rapidement. La plupart du temps, les contaminations résultant de ces accidents sont transitoires. Citons à titre d’exemple :

  • En 1995, le chimiquier N°1 Chung Mu qui entre en collision avec le cargo N°1 Chon Stone dans le chenal d'accès du port de Zhanjiang (Chine) et laisse échapper de ses citernes plus de 200 tonnes de styrène monomère. Au delà des dangers que représente ce produit pour l’être humain (vapeurs neurotoxiques), c’est sa capacité à altérer les propriétés organoleptiques de la chair des poissons et des coquillages qui est préoccupante. La pollution se révèle transitoire car 3 semaines après l’accident, les produits de la pêche ne présentent pas de goût caractéristique.

  • En 2005, la barge MGM 3030 contenant 2 892 tonnes d’acide sulfurique s’échoue à Chocolate Bay, une zone marécageuse du Texas. Des fuites de la cargaison entraînent une forte diminution du pH (jusqu’à une valeur de 2) autour de la barge accidentée mais l’impact environnemental est de courte durée.

Chung Mu - Marché aux coquillages
Marché aux coquillages en Chine
(Source : Cedre)


Des accidents de mieux en mieux maîtrisés mais coûteux

Pendant longtemps, la réponse apportée en cas d’accident impliquant des produits chimiques était rudimentaire voire inexistante. Il faut avouer que dans beaucoup de cas, il est matériellement impossible d’agir (explosion, dissolution rapide en pleine mer…). Cependant, les aspects environnementaux se trouvent maintenant au cœur des préoccupations de notre société et les actions de lutte sont fortement encouragées par les politiques et l’opinion publique. La réponse antipollution évolue dans le bon sens mais peut se révéler extrêmement coûteuse en fonction des stratégies adoptées et des équipements requis.

Parmi les accidents ayant donné lieu à une forte mobilisation de dispositifs d’intervention, il faut retenir :

  • En 1984, le chimiquier Brigitta Montanari qui sombre par 82 m de fond en Mer Adriatique avec à son bord 1 300 tonnes de chlorure de vinyle monomère. L'épave est alors remontée à une profondeur de 55 m pour être remorquée sous l'eau jusqu'à une petite baie abritée où elle est échouée. Là, la cargaison est pompée en surface puis transférée sur un autre navire.

  • En 2000, le chimiquier Ievoli Sun qui, après une tentative de remorquage, coule en Manche par 70 m de fond avec une cargaison de 3998 tonnes de styrène, 1027 tonnes de méthyléthylcétone et 996 tonnes d'alcool isopropylique. Le travail sur l’épave nécessite le déploiement de robots sous-marins filoguidés. Le styrène, considéré comme polluant marin est intégralement pompé. La méthyléthylcétone et l’alcool isopropylique, qui ne constituent pas un danger réel pour l’environnement, sont relâchés de manière contrôlée après avoir pratiqué des trous dans la coque du navire.

  • En 2007, le porte-conteneurs MSC Napoli chargé de 42 000 t de marchandises qui est victime d’une panne de gouvernail à l’entrée de la Manche. 103 conteneurs tombent à l’eau et 57 arrivent sur le littoral. Un dispositif est mis en place pour limiter les pillages. Parallèlement, le navire est remorqué vers une baie abritée des côtes britanniques. Le fioul de propulsion est pompé et les conteneurs encore à bord sont enlevés puis traités à terre. Une fois vide, l’épave du MSC Napoli est découpée pour être démantelée.


Traitement de l'épave du MSC Napoli
Récupération des conteneurs
dans les cales de l'épave du MSC Napoli
(Courtesy of MCA)




Voir aussi




Dernière mise à jour : 08/06/2010

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