Le
12 octobre 1978, le pétrolier Christos Bitas fait route de
Rotterdam à Belfast avec un chargement de 35 000 tonnes de
pétrole brut lourd iranien quand il s’échoue à 15 km
au large des côtes du Pembrokeshire. 4 000 tonnes de pétrole
se déversent suite à l’accident. Le commandant
réussit à déséchouer le pétrolier
sans aide extérieure et, croyant qu’il n’y a
plus de fuites importantes, décide de continuer sa route.
Il prévient cependant les gardes côtes de l’accident.
Les risques de pollution étant élevés, les
propriétaires du pétrolier, Adriatic Transports Ltd,
et British Petroleum (BP), propriétaires de la cargaison,
sont immédiatement contactés par les gardes côtes.
BP propose tout de suite son aide. On constate rapidement que le
Christos Bitas est en fait sérieusement endommagé
et qu’il perd toujours du pétrole. BP donne alors l’ordre
au pétrolier de s’arrêter afin d’éviter
tout accroissement de la pollution.
Les opérations de lutte se mettent rapidement en place. Elles
se divisent en trois actions distinctes : l’épave du
Christos Bitas, la lutte en mer, le nettoyage des côtes.
L’épave du Christos Bitas
Le 13 octobre, 2 pétroliers, le British Dragoon et
l’Esso York, se dirigent vers le Chritos Bitos pour
procéder à son allégement. Cette opération
dure plusieurs jours. Le 20 octobre 26 000 tonnes de pétrole
sont déchargées du pétrolier.
La question de l’épave du Christos Bitas vient
ensuite à se poser. Comme les coûts de réparation
du navire après nettoyage et dégazage s’avèrent
trop élevé, le propriétaire du pétrolier
consent à le couler. Il est toutefois hors de question
de réaliser cette opération en Mer d’Irlande
; les dégâts sur l’environnement seraient
trop important. Le Christos Bitas est donc remorqué
dans l’Atlantique à 500 km au large de Fastnet
Rocks, dans une zone où les eaux sont particulièrement
profondes. A cet endroit, l’épave ne risque pas
de porter préjudice à la navigation, à
la pêche ou encore aux câbles téléphoniques.
Le naufrage volontaire a lieu le 31 octobre. Une nappe de
pétrole se forme mais des survols aériens permettent
d’établir qu’au 13 novembre elle s’est
dispersée naturellement.

La lutte en mer
Le brouillard a rendu tout survol aérien de la zone de l’accident
impossible. L’étendue de la pollution n’a donc
pas pu être mesurée. Cela n’a pas empêché
de dépêcher tout le personnel et tout l’équipement
disponible sur la zone de l’échouement. Une flotte
de 40 bateaux est rapidement réunie. Des barrages sont déployés
afin de confiner le pétrole et d’y épandre des
dispersants. Des récupérateurs sont aussi utilisés
pour pomper le pétrole.

Le 16 octobre les vents forcissent et changent de direction (de
nord-ouest à ouest). Les survols aériens peuvent commencer.
Ils révèlent la présence de plaques de pétrole
aux alentours des îles de Skomer et Skokholm qui sont toutes
deux des réserves naturelles. Commencent alors des opérations
d’épandages aériens de dispersants pour tenter
d’éviter que le pétrole n’atteigne ces
îles. La quantité de pétrole est ainsi considérablement
réduite. Cependant l’efficacité des dispersants
se réduit au fur et à mesure que la formation de l’émulsion
pétrole/eau augmente.
Le nettoyage des côtes
Le 17 octobre le pétrole atteint les zones particulièrement
fragiles de Skomer et de Martin’s Haven.
Martin’s Haven
Les opérations de nettoyage à Martin’s Haven
durent 4 jours, du 17 au 20 octobre. Les dispersants ont peu
d’effet sur la mousse au chocolat qui a atteint le rivage.
C’est donc la méthode manuelle qui doit être
utilisée. Environ 35 tonnes de matériaux pollués
et polluants sont récupérés à l’aide
de pelles, seaux et tracteurs. Le nettoyage est terminé
par l’utilisation de nettoyeurs haute pression et de dispersants.
Ile de Skomer
Cette réserve naturelle abrite un nombre important d’oiseaux
de mer ainsi que 40 phoques dont certains viennent tout juste
de voir le jour. D’autre part l’existence d’un
riche biotope interdit l’utilisation de dispersants chimiques.
Le nettoyage de l’île débute le 19 octobre
1978. On estime que 350 tonnes d’une mousse au chocolat
particulièrement visqueuse a recouvert la plage. L’accès
des équipes de nettoyage est difficile. Le ramassage
manuel s’organise mais les volontaires pour effectuer
ce travail se font rares. Le pétrole, confiné
à l’aide de barrages, est récupéré
par des écrémeurs. Mais le pétrole qui
a été traité par des dispersants (épandage
aérien) n’adhère plus aux récupérateurs
à bandes. On choisit donc d’utiliser des pompes.
Le 26 octobre le pétrole contenu dans les barrages est
entièrement récupéré.
300
tonnes de pétrole déversé ont été
collecté ; 250 sur la plage en 9 jours et environ 50 en mer
en 2,5 jours. Le ramassage manuel doit être suspendu le 28
octobre car la main d’œuvre vient à manquer
Nom : Christos Bitas
Date : 12/10/78
Lieu : Pays de Galles
Zone de l'accident : côtes de Pembrokeshire
Cause de l'accident : échouement
Quantité transportée : 35 000 tonnes
Nature du polluant : pétrole brut lourd iranien
Quantité déversée : 5 000 tonnes
Type de navire : pétrolier
Date de construction : 1963
Lieu de construction : Mitsubishi Nippon Heavy Industry, Yokohama
Longueur : 233,66 m
Largeur : 31,25 m
Tirant d’eau : 16,08 m
Pavillon : grec
Propriétaire : Adriatic Transports Ltd
Impact
écologique
3 des 40 phoques de l’île de Skomer meurent englués
dans le pétrole. 1 520 oiseaux sont souillés, 1 035 d’entre eux meurent,
les autres sont nettoyés
| Espèce | Nbre total souillés | Nbre de morts | Nbre vivants après nettoyage |
|---|---|---|---|
| Guillemots | 1030 | 660 | 370 |
| Petits pinguoins | 346 | 319 | 27 |
| Fous de Bassan | 118 | 30 | 88 |
| Macareux moines | 7 | 7 | |
| Puffins des Anglais | 9 | 9 | |
| Macreuses noires | 8 | 8 | |
| Guillemot à miroir | 1 | 1 | |
| Plongeon catmarin | 1 | 1 |
Phoque englué (source : BP)
Stockage et traitement des déchets
Une fois la côte nettoyée, le problème est de
stocker et de traiter les matériaux pollués et polluants
(MPP). Des raffineries situées à Milford Haven acceptent
d’en prendre une partie en charge. Pour le reste il faut se
contenter d’une solution temporaire : des fosses sont creusées
à Angle Bay.
Les côtes nord du Devon
Le 25 octobre on note un arrivage de petites quantités de
pétrole sur les côtes nord du Devon. Par chance il
ne s’agit que d’une légère pollution qui
ne nécessite pas la mise en place d’opération
de nettoyage. Les marées de vives-eaux suffisent à
supprimer naturellement le pétrole des plages et des rochers.
Coopération internationale
L’Irlande est aussi particulièrement concernée
par l’accident qui a eu lieu en Mer d’Irlande. Les côtes
irlandaises auraient pu être polluées si les vents
avaient soufflés dans l'autre direction. Les autorités
irlandaises participent activement aux opérations de lutte.
Le Royaume-Uni, qui fait parti de l’accord de Bonn, demande
de l’aide et des conseils aux autres membres de l’accord.
Par exemple, les pompes utilisées viennent des Pays-Bas.
Les leçons de l’accident
Les différentes autorités ont parfaitement coopéré
ensemble.
Le principal facteur de la réussite des opérations
de lutte est la rapidité de la mise en place du plan d’intervention.
L’épandage de dispersants commencent très rapidement
après l’accident, les dégâts auraient
pu être beaucoup plus important sans cela ou si le pétrolier
s’était cassé et avait déversé
ses 35 000 tonnes de pétrole.
Le brouillard empêche les survols aériens au début
des opérations ce qui empêche de se rendre compte de
l’ampleur de la pollution. De meilleures conditions météorologiques
auraient pu permettre d’éviter toute pollution côtière.
La question du stockage et du traitement du pétrole est aussi
problématique. Il est important de prévoir à
l’avance un lieu de stockage en cas de pollution.
Sources :
- HOOKE, Norman, 1997, Maritime Casualties 1963-1996, second edition, LLP Limited, Londres
- NOAA, Oil spill case histories 1967-1991, Report No. HMRAD
92-11 to the US Coast Guard Research and Development Center
- IFP, Banques de données sur les accidents de navire ayant provoqué un déversement de pétrole en mer supérieur à 500 tonnes, 1975-1979, Réf. 26 714, Janvier 1979
- BP’s Public Affairs and Information Department, The Christos Bitas incident – Success out of a disaster, A report on the oil spill clean-up operations by BP’s Environmental Control Centre Department of Trade, Christos Bitas – the fight at sea against pollution, London, 1978
Lien
Dernière mise à jour : juin 2004