Lundi 26 août 2002, en milieu d'après-midi, le chimiquier norvégien Bow Eagle, en provenance du Brésil et faisant route vers Rotterdam, signale au Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage (CROSS) de Jobourg une brèche sur son flanc bâbord. L'avarie a entraîné une voie d'eau et une perte de 200 tonnes d'acétate d'éthyle.
Alertée,
la préfecture maritime de Manche-Mer du Nord, mobilise des
moyens aériens et maritimes d'intervention (voir le dossier
Cistude / Bow Eagle sur le site de la Marine nationale) ainsi que
les spécialistes du laboratoire d'analyses de la Marine (LASEM)
et le PC intervention du Cedre pour une information sur les risques
de pollution.
La
préfecture maritime de l'Atlantique, qui recherche le navire
abordeur du chalutier Cistude, établit en même temps
un lien possible entre l'avarie et cet abordage. Ce terrible drame
de mer, difficilement concevable au large des côtes françaises
(4 marins morts par délit de fuite du navire abordeur), ne
sera pas développé ici. Le lien a été
maintenant établi par les aveux de deux marins du Bow Eagle
et nos pensées vont vers les familles des morts. Ce dossier
ne traitera donc que de notre domaine de compétences, le
risque de pollution marine, heureusement beaucoup moins dramatique.
Les exemples de pollutions suite à des abordages entre navires
citernes et navires de pêche sont nombreux, avec parfois des
conséquences lourdes (voir notre dossier « Les
abordages impliquant des bateaux de pêche »).
Le risque de pollution est donc pris en compte avec rigueur.
Les bases de données confirment rapidement que l'acétate
d'éthyle est un solvant incolore et volatile, d'odeur perceptible,
très évaporable dans l'air et modérément
soluble dans l'eau, utilisé dans de nombreuses applications,
en particulier la préparation de vernis, laques, encres et
diluants, souvent en substitut de la méthyl-éthyl-cétone
(voir dossier du Ievoli Sun).
C'est un liquide très inflammable, dont les vapeurs peuvent
dans certaines conditions former des mélanges explosifs avec
l'air, l'eau étant susceptible de favoriser la propagation
d'un incendie déclaré. Il y a donc de toute évidence
des précautions élémentaires à respecter
pour l'équipe d'évaluation qui se rendra à
bord. Une inspection attentive s'impose avant d'envisager toute
entrée du navire dans un port.
Le
danger de pollution marine est par contre pratiquement inexistant.
La base de données du groupe d'experts sur les aspects
scientifiques de la protection de l'environnement marin (GESAMP)
de l'organisation maritime internationale l'établit clairement.
| Notation GESAMP de l'acetate d'éthyle | |
|---|---|
| A : Bioaccumulation et altération du goût des produits de la mer | Pas de bioaccumulation ou d'altération du goût mis en évidence |
| B : Damage aux ressources vivantes | Pratiquement non toxique |
| C : Danger pour la santé humaine en cas d'ingestion | Sans risque |
| D : Danger pour la santé humaine en cas de contact avec la peau et les yeux ou d'inhalation | Non irritant |
| E : Atteintes aux sites littoraux | Sans risque |
Transmises
aussitôt à la préfecture maritime de la Manche
et de la Mer du Nord, ces informations contribuent, avec la possible
implication du Bow Eagle dans le drame du Cistude et des assurances
reçues de l'armateur, à la décision prise
par le Préfet maritime de ne pas laisser le navire poursuivre
sa route, sans le faire entrer dans un port français.
Mardi 27 août, des informations complémentaires viennent
préciser la situation en matière de risque de pollution.
La fuite sur la cuve d'acétate d'éthyle est maîtrisée
: le produit a été transféré vers
une autre cuve et des travaux de colmatage de la brèche
sont en cours. Mais le navire transporte neuf produits différents
(voir notre dossier « Le chargement d'un chimiquier »),
dont deux sont des polluants sévères (benzène,
toluène). Il y a une brèche dans la paroi d'une
cuve jouxtant celle fuyarde d'acétate d'éthyle.
Cette autre cuve contient du cyclohexane. A la demande de la préfecture
maritime, un chimiste du Cedre rejoint Cherbourg. Dans le même
temps, il apparaît que l'armateur norvégien du navire
est une société réputée, ODFJELL second
armateur mondial du transport de produits chimiques, assurée
auprès du Protection & Indemnity Club Gard, un club
de premier rang.
Le cyclohexane est un produit très évaporable, aux
vapeurs trois fois plus denses que l'air. En cas de fuite, un
nuage gazeux inflammable et irritant sera poussé par les
vents à la surface de l'eau.
Le cyclohexane peut être une source de dommages pour les
ressources marines vivantes en cas de déversement brutal.
Par ailleurs, le cocktail de produits que contient le navire fait
aussitôt imaginer ce que pourrait être l'effet d'un
échouement accidentel sur la côte (voir le dossier
du Cason sur ce site, rubrique accident) ou en entrée portuaire.
Nom : Bow Eagle
Date : 26/08/2002
Lieu : France
Zone de l'accident : au large de l'île de Sein, Finistère
Cause de l'accident : collision
Nature du polluant : acétate d'éthyle et cyclohexane
Quantité déversée : 200 tonnes
Type de navire : chimiquier
Date de construction : 1988
Pavillon: norvégien
Propriétaire : Odfjell ASA
| Notation GESAMP du cyclohexane | |
|---|---|
| A : Bioaccumulation et altération du goût des produits de la mer | Pas de bioaccumulation ou d'altération du goût mis en évidence |
| B : Damage aux ressources vivantes | Modérément toxique |
| C : Danger pour la santé humaine en cas d'ingestion | Pratiquement sans danger |
| D : Danger pour la santé humaine en cas de contact avec la peau et les yeux ou d'inhalation | Risque d'irritation des yeux, de démangeaisons, de lésions pulmonaires ou percutanées ... |
| E : Atteintes aux sites littoraux | Peu d'effet, plages utilisables ... |
Sur
instruction du préfet maritime, le navire transite de nuit
vers Dunkerque, sous escorte d'un patrouilleur de la gendarmerie
maritime. Il mouille au matin du 28 août dans la zone d'attente
devant le port, qui n'est pas équipé pour traiter
sa cargaison dans des conditions de sécurité assurée.
Une équipe d'évaluation et des officiers de police
judiciaire se rendent à bord. Deux marins avouent avoir
eu conscience de l'abordage et n'avoir rien dit. Le représentant
de l'armement reconnaît les faits. En milieu d'après
midi, le Bow Eagle est autorisé à appareiller vers
sa destination, Rotterdam.
Il n'y a pas eu de pollution notable, mais un risque de pollution
géré avec la plus grande rigueur.
Deux caractéristiques de ce dossier sont par ailleurs à
retenir en retour d'expérience : les produits chargés
à bord d'un chimiquier peuvent être nombreux et divers,
les abordages entre navires de pêche et navires de commerce
peuvent aussi être des sources de pollutions.
Liens
Dernière mise à jour : 08/02/2007