Les huiles végétales, provenant majoritairement d'Asie et d'Amérique, sont de plus en plus utilisées en Europe, principalement pour l'alimentation et la fabrication de cosmétiques. Par conséquent, le trafic maritime de ce type de produit augmente, ce qui implique un accroissement du risque d'accidents et de pollutions.
Le 1er octobre 1997, en Manche, au large de Guernesey, le navire-citerne libérien Allegra a déversé 900 t d'huile de palmiste à la suite d'une collision. L'huile s'est rapidement solidifiée, formant une nappe de 800 m sur 400 m, qui s'est étirée jusqu'à 20 km de long et 4 km de large. Elle a dérivé jusqu'aux côtes des îles anglo-normandes et du Cotentin, où elle s'est déposée en laisse de haute mer. L'huile se présentait sous forme de boules de margarine de 5 à 50 cm de diamètre, intérieurement jaunâtres et d'aspect spongieux, recouvertes d'une croûte blanchâtre.
La
dérive du produit a été suivie grâce
à des moyens de télédétection
aériens SLAR (Side Looking Airborne Radar), capteurs
de rayonnements ultra-violets et infra-rouge, embarqués
à bord de l'avion « Polmar I » des Douanes
françaises et de l'avion du Marine Pollution Control
Unit britannique. Ces moyens ont permis de localiser la nappe
dans les deux jours suivant le déversement.
Bien que cette pollution n'ait pas eu d'impact négatif
sur l'environnement marin, on peut facilement imaginer les
inconvénients que produirait l'arrivée massive
de boules de margarine sur des plages touristiques en été.
Une étude a été menée au Cedre
afin de mieux connaître le comportement de ce type de
produit, dont la principale différence avec un hydrocarbure
est d'être solide à température ambiante.
Trois paramètres ont été analysés
: la dérive, l'évolution physico-chimique, et
la dispersion dans l'eau.

Photo
aérienne d’huile de palmiste sur l’eau.
Source Cedre.
Les positions occupées par la nappe, repérées par les moyens aériens, ont été comparées avec celles prédites par les modèles de dérive disponibles, conçus pour prévoir nappes d'hydrocarbures. Les modèles sont apparus mal adaptés à ce type de produit qui, du fait de son état solide, n'est pas soumis aux mêmes contraintes que le pétrole.
Des échantillons d'huile furent récoltés en mer et sur les plages, à différentes dates, puis analysés en vue de déceler une éventuelle évolution du produit pendant son séjour à la surface de l'eau. Aucune évolution des propriétés physiques de l'huile n'a pu être mise en évidence.
Nom : Allegra
Date : 01/10/1997
Lieu : Manche
Zone de l'accident : Manche Ouest
Cause de l'accident : collision
Quantité transportée : 15 000 tonnes
Nature du polluant : huile de palmiste
Quantité déversée : 900 tonnes d'huile de palmiste
Type de navire : navire-citerne à huile végétal et molasse
Date de construction : 1986
Pavillon : libérien
Enfin,
de l'huile de palmiste a été déversée
dans le polludrome du Cedre afin de reproduire, à échelle
réduite, l'accident de l'Allegra. La solidification instantanée
de l'huile a été bien représentée :
de petites particules de quelques millimètres de diamètre
se sont formées puis agglomérées sous forme
de blocs de 5 à 10 cm de diamètre. L'essai a mis en
évidence une dispersion des particules d'huile dans la colonne
d'eau, phénomène qui pourrait expliquer la disparition
d'une partie de l'huile déversée par le navire.

La
brèche dans la coque de l’Allegra. Source Cedre.
L'étude consécutive à cet accident met donc en évidence l'importance de l'état physique du produit déversé. En effet, la dérive, le comportement à la surface et les moyens de lutte sont radicalement différents entre un polluant liquide et un polluant solide.
Voir aussi
Dernière mise à jour : 14/10/2002