Début septembre 2003, l’Adamandas, vraquier chypriote
de 17 ans appartenant à un armateur grec, transporte de Trinidad
à Surabaya (Indonésie) un chargement de 21.000 tonnes
de billes de fer désoxydé.
En route, une augmentation de la température de son chargement
l’oblige à faire une escale technique à Durban (Afrique du Sud) ; il y procède à l’inertage
de ses cales à l'azote, mais ne résout pas définitivement
la cause de l’échauffement. Les autorités portuaires
sud-africaines le laissent repartir.
Le
risque
Le danger lié au minerai de fer désoxydé est sa très grande tendance à la réoxydation en présence d'humidité, cette réoxydation étant fortement exothermique et productrice d'hydrogène. Le transport maritime de ce type de minerai doit donc s'accompagner de précautions :
En cas d'oxydation rapide au sein de la cargaison, le principal risque est l’explosion si le navire ne parvient pas à évacuer l’hydrogène produit. L’autre risque est la fragilisation des structures du bateau sous l’effet de la chaleur. Cela peut conduire à la destruction du navire avec déversement des hydrocarbures de propulsion.
Le 12 septembre, l’Adamandas entre dans les eaux territoriales
françaises de l'île de la Réunion et demande à
accoster au Port des Galets afin de réaliser un inertage
de ses cales à l’azote. Lors de l’inspection
préalable en rade, l’équipe d’évaluation
constate une forte élévation de température.
Par ailleurs, le bord ne dispose pas de l'évaporateur nécessaire
à l'inertage de ses cales, et il n’en existe pas sur
l’île. Ordre est donné au navire de rester au
mouillage devant le port de la Possession et d’aérer
ses cales pour abaisser la teneur en hydrogène.

Le 16 septembre, le préfet de la Réunion met en demeure le capitaine du navire de ramener la température à un niveau compatible avec l’accostage au port. Au cours des jours suivants, la ventilation des cales se poursuit, sans résoudre le problème puisque la température atteint 300°C.
Le 18 septembre, le préfet met en demeure les responsables du navire de procéder sous 24 heures à l’évacuation du combustible, à l’exception du carburant nécessaire à la manœuvre, soit environ 470 tonnes de fioul lourd IFO 180 et 50 tonnes de gas oil. Le débit de la pompe du bord (5 m³/h) est trop faible pour le délai imparti. De leur côté, les autorités françaises constatent qu’il n’existe pas non plus sur l’île de pompe adaptée au pompage envisagé.
Le 19 septembre, les structures de l’Adamandas s’affaiblissent
sous l’effet de la chaleur ; la préfecture, devant
« un risque d’incendie, voire d’explosion dont
l’échéance est inconnue », arrête
une zone d’exclusion maritime et aérienne de 400 mètres
autour du navire. Le 20 septembre, il est demandé au navire
de quitter immédiatement le mouillage sous escorte dans les
eaux territoriales ; six marins sont évacués à
leur demande. Le 21 septembre, les responsables n’ayant pas
obéi à ses injonctions, le préfet donne l’ordre
à la Marine nationale de procéder à l'éloignement
du navire. L’Abeille Cilaos le remorque au large de la pointe
des Galets, sous contrôle des autorités françaises.
A la demande du capitaine, tout l’équipage est alors
évacué.

Nom : Adamandas
Date : 22/09/2003
Lieu : France
Zone du naufrage : à 15 milles nautiques à l'ouest de la pointe des Galets, île de la Réunion
Cause de l'accident : avarie
Produits transportés : 21 000 tonnes de billes de minerai de fer désoxydé + 470 tonnes de fioul de propulsion + 50 tonnes de gazole
Nature du polluant : billes de minerai de fer et fioul de propulsion
Quantité déversée : 21 000 tonnes
Type de navire : vraquier
Date de construction : 1986
Longueur :165 m
Pavillon : chypriote
Propriétaire : Sulzer shipping Corp., Grèce
La lutte : sabordage du navire
Le
21 septembre, à l’issue d’une réunion
avec l’ensemble des parties dont dépendent l’Adamandas
et sa cargaison (armateur, affréteur, capitaine du navire,
assureurs et experts), l’armateur ne propose, qu’un
nouvel envoi d’experts ou une aspersion d’eau (par qui
et comment ?). Il n'y a aucune solution technique rapide, sûre
et efficace répondant aux attentes de l’Etat en matière
de délai et de sécurité. Tenant compte de l’incertitude
de la situation à bord, le préfet ordonne la destruction
et l’immersion du vraquier le plus loin et le plus profond
possible. Cette décision est immédiatement communiquée
à l’armateur et à l’affréteur du
navire.
Le
22 septembre, les plongeurs démineurs de la Marine
nationale mènent l’opération de pétardage
du navire. La coque est perforée à 9h00, le
navire sombre à 14h00 par 1.700 mètres de fonds,
à 20 km au nord-ouest de la Réunion.
Le survol de la zone par hélicoptère permet
à l’agent du Cedre, dépêché
sur place pour rejoindre la cellule d’expertise, d’évaluer
les remontées d’hydrocarbures.
Plusieurs phénomènes attendus sont constatés
: l’apparition d’irisations dues au gazole des
groupes électrogènes, ces irisations se dissipant
par évaporation dans les heures suivantes, et l’apparition
de taches huileuses provenant du fioul de propulsion, ces
dernières étant traitées au dispersant
par deux patrouilleurs, la Boudeuse et la Rieuse, munis chacun
de rampes d’épandage et de 4.000 litres de dispersants.
La Marine nationale assure une surveillance aérienne
régulière de la zone de l’épave
durant plusieurs jours, jusqu’à la fin des remontées
de polluant. Une bouée de marquage, équipée
d’une balise argos, est larguée sur site pour
suivre par satellite la dérive potentielle du polluant.
Le sabordage. © Cedre.Voir aussi
Dernière mise à jour : 08/02/2007