L'accident
Le
lundi 30 octobre 2000 à 4h30, le CROSS Corsen reçoit
un appel de détresse d'un chimiquier battant pavillon italien,
le Ievoli Sun. Il se trouve à 45 nautiques au nord de l'île
de Batz, avec un équipage de 14 personnes. Il vient de Fawley
(Royaume-Uni) et fait route vers Barcelone avec 6 000 tonnes de
produits chimiques à bord.
Le capitaine signale une voie
d'eau dans son double-fond, sur l'avant. Le Préfet maritime
de l'Atlantique envoie l'Abeille Flandre, prépositionnée
à Ouessant, porter assistance au navire. Un Super Frelon et une équipe d'évaluation sont rappelés
pour intervention. Sur zone à 8h05, ils constatent l'état
grave du navire et procèdent à l'hélitreuillage
de l'équipage. L'opération est achevée avec
un plein succès à 9h20. A 12h00, le Préfet maritime
déclenche le plan Polmar-mer.
En arrivant, l'Abeille Flandre découvre une pollution sur l'avant du navire. Compte tenu
des conditions météo-océaniques, le risque
d'un échouement et d'une pollution majeure sur le littoral
des Côtes d'Armor apparaît rapidement comme une évidence.
Après analyse des options possibles, une équipe est
hélitreuillée à bord du Ievoli Sun et passe
une remorque à l'Abeille Flandre. Le remorquage commence
à 17h15, route à 4 noeuds au Nord-Est, la seule possible
compte tenu des conditions météorologiques et de la
situation du navire.
Le 31 octobre, à 9h00, aux deux tiers
du chemin vers l'abri du Cotentin, le Ievoli Sun sombre à
9 nautiques au nord des Casquets (12 d'Aurigny et 20 du cap de la
Hague) par 70 m de fond.
| Navire | |
|---|---|
| Nom | Ievoli Sun (ex-Gennaro Ievoli) |
| Construction | Esercizion Cantieri-Viareggio (Italie) 1989 |
| Type | Chimiquier à ballasts séparés |
| Port en lourd | 7 333 tonnes |
| Citernes | 16 cuves et 2 slops-tanks en acier inox |
| Longueur | 115 m |
| Tirant d'eau | 6,29 m |
| Moteur | Wartsila Vasa - 4080 chevaux |
| Capacité commerciale | 7 130 m³ |
| Soutes | 160 tonnes d'IFO 180 |
| Diesel marine | 40 tonnes |
| Pavillon | Italien |
| Propriètaire | Marnavi |
| Société de classification | RINA |
| P&I club | Standard Steamship Owners |
Circonstances
En
quelques heures, la situation a changé de mains. C'est maintenant
le Préfet maritime de la Manche et de la Mer du Nord qui
prend la conduite des opérations côté français.
Il sait, depuis le 30 octobre en fin de journée, que le navire
a 160 tonnes de fioul lourd et 40 tonnes de diesel en soute et que
sa cargaison se compose de 3 998 tonnes de styrène, de 1027
tonnes de Méthyl Ethyl Cétone (MEC) et de 996 tonnes
d'Alcool Iso Propylique (IPA).
Compte tenu du risque potentiel de
pollution atmosphérique généré par la
présence de styrène dans la cargaison et de pollution
de l'eau par le fioul de propulsion, des missions de surveillance aérienne
et nautique sont immédiatement lancées à l'aide
de navires et d'aéronefs français et britanniques.
La circulation maritime est modifiée. Les premières
observations ne laissent apparaître que quelques nappes.
| Styrène | |
|---|---|
| Quantité (tonnes) | 3 998 |
| Propriétaire | Shell, Hollande |
| Provenance | Rotterdam, Pays-Bas |
| Destination | Berre, France |
| Méthyléthylcétone (MEC) | |
|---|---|
| Quantité (tonnes) | 1 027 |
| Propriétaire | Exxon, Royaume-Uni |
| Provenance | Fawley, Royaume-Uni |
| Destination | Gênes, Italie |
| Alcool isopropylique (IPA) | |
|---|---|
| Quantité (tonnes) | 996 |
| Propriétaire | Esso Chemical, Belgique |
| Provenance | Rotterdam, Pays-Bas |
| Destination | Barcelone, Espagne |
Organisation des opérations
Le
bateau a coulé dans les eaux internationales, à la
limite entre les eaux françaises, britanniques et anglo-normandes.
Immédiatement, dans le cadre du Manche Plan, les autorités
anglaises envoient plusieurs représentants de la Maritime
and Coastal Agency (MCA) à Cherbourg où le Préfet
maritime a activé son PC Polmar. De son côté,
le Préfet de la Manche déclenche le plan Polmar-Terre
le mardi 31 octobre à 19h00. Il établit le PC Polmar
rassemblant l'ensemble des services à la Préfecture
de Saint-Lô.
La zone de défense Ouest, coordinateur Polmar-Terre, a ouvert
à son tour, le 1er novembre, une cellule Ievoli Sun dans
son PC zonal de Rennes, toujours opérationnel sur la pollution
de l'Erika.
Nom : Ievoli Sun
Date : 31/10/2000
Lieu : France
Zone de l'accident : à 45 milles nautiques au nord de l'île de Batz, Bretagne
Cause de l'accident : avarie
Produits et quantités transportées : 3 998 tonnes de styrène, 1 027 tonnes de méthylethylcétone et 996 tonnes d'alcool isopropylique
Nature des polluants : styrène, méthylethylcétone, alcool isopropylique
Produits et quantités déversées : 3 998 tonnes de styrène + 1 027 tonnes de méthylethylcétone + 996 tonnes d'alcool isopropylique
Type de navire : chimiquier à ballasts séparés
Date de construction : 1989
Longueur : 115 m
Pavillon : italien
Conclusion
Un
an après l'Erika, l'accident du Ievoli Sun est là
pour nous rappeler que les pollutions par hydrocarbures dues à
des pétroliers ne sont pas les seuls dangers qui menacent
nos côtes.
En terme de sécurité humaine, de pollution du milieu
marin, les chimiquiers peuvent représenter un danger bien
plus important, par les produits qu'ils transportent, sans oublier
leur fioul de propulsion.
De plus, cet accident a montré une fois encore les limites
des connaissances en matière :
- de comportement des produits chimiques déversés
dans l'eau de mer ou retenus dans les citernes d'un navire au fond
;
- de leur impact potentiel sur la flore et la faune marines.
Dans ce cas encore les aspects environnementaux et économiques
seront liés.

Voir aussi
Liens
Dernière mise à jour : 19/02/07