L'accident
Le
pétrolier Eleni V fait route de Rotterdam à Grangemouth
avec une cargaison de 12 000 tonnes de fioul lourd. Le 6 mai 1978
le vraquier Roseline l’aborde à environ 10 km
des côtes du Norfolk dans la mer du Nord, alors que les deux
navires traversent un épais brouillard. La partie avant de
l’Eleni V est coupé sous le choc. 3 000 tonnes
de fioul se déversent dans un premier temps, puis les 2 000 tonnes
contenues dans la proue s’écoulent à leur tour.
Les 39 membres d’équipage sont tous secourus par
le Roseline et envoyés en France avant d’être
rapatriés en Grèce.
La partie arrière du pétrolier est remorquée
sans encombre à Rotterdam où le reste de sa cargaison
est pompé. L’épave est ensuite vendu un à
démolisseur de navires espagnol et remorqué jusqu’à
Santander pour destruction.
La lutte
Étant donné la zone de l’accident, les nappes
de pétroles représentent un risque possible pour les
côtes anglaises et néerlandaises. Les opérations
de lutte doivent donc être rapidement mises en place. La méthode
utilisée est principalement l’emploi de dispersants.
11 bateaux sont utilisés à cet effet. Ils épandent
en tout 900 tonnes de dispersants. Cependant leur efforts sont vain.
En effet le pétrole lourd transporté à bord
de l’Eleni V est caractérisé par sa forte viscosité.
Il doit être chauffé pour être pompé et
les dispersants ont peu d’effet sur lui.
Le pétrole atteint finalement les côtes anglaises dans
la nuit du 7 mai. Le littoral est pollué sur plus de 35 km
près de Great Yarmouth. Des plages touristiques et des zones
riches en crustacés sont touchées. Comme les dispersants
n’ont pas d’effet sur le pétrole, il faut trouver
d’autres méthodes de lutte. Il s’agit principalement
de récupération mécanique. Des pelleteuses
sont utilisées pour enlever le pétrole.
Les opérations
de nettoyage durent longtemps et les autorités s’inquiètent
de l’impact sur la saison touristique qui approche. D’autant
plus que certaines zones rocheuses et certaines plages sont inaccessibles
aux véhicules utilisés. Dans ces endroits le nettoyage
est donc manuel. Le pétrole est ramassé à la
pelle et placé dans des sacs plastiques avant d'être
envoyé dans un lieu prévu à cet effet.
Sur
un autre site, les équipes de nettoyage utilisent un dispositif
muni d’une corde en polypropylène à laquelle
le pétrole adhère. Ils récupèrent ainsi
près de 1 000 tonnes d’un mélange
eau/pétrole. Un barrage est aussi mis en place dans le port
de Southwold pour protéger l’entrée de la rivière
Blythe. Cet équipement permet de confiner 100 tonnes
de matériaux pollués et polluants (MPP).
La
proue de l’Eleni V
L’avant du pétrolier dérive avant de couler.
Étant donné qu’il reste du pétrole dans
cette partie du bateau, les autorités décident de
la renflouer et de la remorquer jusqu’à un banc de
sable au large de Lowestoft ou il est possible de pomper le pétrole.
Le 30 mai la proue est remorquée à 45 km au large
de la côte pour la faire exploser. Le peu de pétrole
restant brûle.

Nom : Eleni V
Date : 06/05/1978
Lieu : Mer du Nord
Zone de l'accident : côtes du Norfolk, au large d’Happisburgh
Cause de l'accident : collision
Quantité transportée : 12 000 tonnes
Nature du polluant : fioul lourd
Quantité déversée : 5 000 tonnes
Type de navire : pétrolier
Date de construction : 1958
Lieu de constructionr : John Brown & Co Ltd, Clydebank
Longueur : 170,39 m
Largeur : 22,05 m
Tirant d'eau : 11,89 m
Pavillon : grec
Propriétaire : Gladiole Shipping Corporation of Panama
Assureur : The United Kingdom Stem Ship Assurance Association Ltd
Conclusion
Le coût de l’ensemble des opérations de lutte
atteint 2 millions de livres. Cet accident permet aux autorités de se rendre compte qu’elles
ne sont pas préparées en cas de déversements
de fioul lourd. Ce type de pétrole étant extrêmement
visqueux, les moyens de lutte (dispersants, pompes) sont peu efficaces.
Si le même accident s’était produit avec du pétrole
brut, les opérations de lutte auraient été
plus simple à mener.
Cela permet aussi de réaliser
l’importance de la reconnaissance aérienne avec des
observateurs entraînés. Il est ainsi possible de prévoir
l’arrivée des nappes sur la côtes et de prendre
des mesures adéquates. Il est également important
de prévoir à l’avance un lieu de stockage des
MPP.
Sources :
-
HOOKE, Norman, 1997, Maritime Casualties 1963-1996,
-
NOAA, Oil spill case histories 1967-1991, Report No. HMRAD
92-11 to the US Coast Guard Research and Development Center
-
IFP, Banques de données sur les accidents de
navire ayant provoqué un déversement de
pétrole en mer supérieur à 500
tonnes, 1975-1979, Réf. 26 714, Janvier 1979
-
Fourth Report from the Select Committee on Science and
Technology, "Eleni V", Her Majesty’s Stationery
Office, London, August 1978
-
Department of Trade, Accidents at Sea Causing Oil Pollution,
Review of Contingency Measures, London, 1978
Lien
Dernière mise à jour : juin 2004